Bien conduire sa Morgan


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Cette réflexion s’adresse aux Morganistes qui, comme moi se sont posés quelques questions sur la conduite de leur chère auto.
                
La conception de la voiture et de son habitacle ne laisse pas grand place à la fantaisie dans la position de conduite si l’on veut que que le pilotage soit efficace et sécurisant.
               
Ainsi nous retrouvons nous assis prés d’un volant très vertical, jambes allongées, les avant-bras fléchis à près de 90°, poignets  “cassés”, les mains sur la jante du volant, avec des marges de manoeuvres assez réduites, dependant essentiellement de notre morphologie….Les petits sont à la peine qui ne peuvent atteindre facilement le palonnier sans se rapprocher très près du volant et les trop grands qui ne savent plus quoi faire de leurs longues jambes après avoir reculé le siège au maximum: (certains recourent à des modifications radicales pour gagner le recul nécessaire…).
            
Dans ces conditions il ne semble pas y avoir d’autre méthode de pilotage alliant efficacité, sécurité et confort que celle que l’on pourrait définir comme une conduite académique….et sans connotation péjorative…à l’ancienne!
La position de conduite qui nous est imposée par nos chères Morgan se rapproche toutefois beaucoup plus de celle des Formule 1 et assimilées que de nos véhicules de tous les jours et même des voitures de rallye.

Les principes

Non seulement il convient de rester à l’aise en toutes circonstances et donc de conserver des mouvements d’amplitudes suffisantes mais il faut aussi que la position adoptée reste confortable en conservant une bonne visibilité. Un seul réglage nous est proposé : l’avancée ou le recul du siege avec possibilité de jouer sur l’inclinaison du siege si cette option a été souscrite et sur sa hauteur…..avec un coussin..!

Une fois en place, palonnier bien accessible et avant-bras demi-fléchis (pas vraiment question de conduire bras tendus), on est prêt.

L’important est de  conserver les mains sur le volant , donc la maîtrise de diriger le véhicule aussi bien en ligne droite qu’en virages et c’est là qu’une methode classique de conduite se révèle bien adaptée.
 
On limitera le propos à une conduite normale dans des conditions d’adhérence normales, le bon rapport étant engagé. La vitesse n’est pas concernée, une bonne méthode de conduite étant tout aussi applicable au ralenti qu’à grande vitesse…. Et pour que toutes ces bonnes dispositions deviennent naturelles autant les adopter en toutes circonstances!
 

La position en ligne droite et en légeres courbes

Rien de bien particulier. Les mains sont sur une horizontale , la gauche à 9H et la droite à 15H. Cette position autorise des rotations du volant d’au moins 30° (30 à 60) à droite comme à gauche, sans rien changer à leurs positions. Au delà on commence à croiser les avant-bras et ce n’est pas ideal.

 

 Photo 1 - Position ligne droite et légères courbes


Virage à droite

 
Photo 2 - Préparation virage à droite

On part de la position en ligne droite.
Les deux  mains tiennent le volant (9H-15H)
En entrée de virage, la main droite glisse alors sur la jante du volant, rejoint la gauche et prend le relais de la gauche qui glisse à son tour. C’est donc la main droite qui tourne le volant, la main gauche restant toujours en contact avec celui-ci.



 Photo 3 - Ici en cours de virage à droite

On remarque que la branche verticale du volant se trouve positionnée à gauche
L’angle de braquage est alors obtenu avec une position des mains sur l’horizontale, ce qui laisse le maximum de marge de manoeuvre en rotation droite et gauche, donc le maximum de contrôle au cours de la “négociation de la courbe”. Et en Morgan, on maîtrisera alors un peu mieux les reactions du train avant dues au shimmy induit par les ressorts de suspension.

 
Photo 4  - Ici retour vers la position ligne droite -
C’est la main gauche qui ramène le volant.
Toutes les positions intermédiaires sont possibles. Dans le cas d’une épingle, il sera nécessaire d’élargir le plus possible la courbe (placement à gauche) et de doubler ou tripler la manoeuvre afin de tourner davantage le volant.

Virage à gauche

 
Photo 5 - Ici preparation virage à gauche

C’est l’inverse du shéma precedent.
On part de la position en ligne droite.
En entrée de virage, c’est la main gauche qui vient rejoindre la main droite, saisit le volant et le tourne à gauche, la main droite restant à sa place ne faisant plus qu’accompagner le mouvement en se laissant glisser.

 
Photo 6 - Ici en cours de virage à gauche-la branche verticale du volant est à droite et les mains sont sur l’horizontale

On se retrouve roues braquées à gauche mais les deux mains tenant le volant sur une horizontale pour un bon contrôle de la trajectoire. Là encore toutes les positions intermediaires sont possibles. Dans le cas d’une épingle, il sera nécessaire d’élargir le plus possible la courbe (placement à droite) et de doubler la manoeuvre afin de tourner davantage le volant.


 Photo 7 - Retour de virage à gauche vers position ligne droite

Technique de passage d’un rond point

Pas toujours facile de s’en sortir avec élégance et efficacité dans un rond-point, sinon de le passer à très basse vitesse, ce qui n’arrange pas ceux qui tournent et ceux qui sont derrière.

Il est tout à fait possible de traverser rapidement un rond point avec cette technique de conduite, d’autant que la Morgan vire bien à plat, comportement ideal à l’application de cette méthode.

Le passage d’un rond point peut se decomposer en 3 courbes à enchaîner selon les trois schemas  droite/gauche/droite, sans lâcher le volant.
 
1)    Courbe à droite plus ou moins serrée (attaque du rond point) mains sur l’horizontale ou position de préparation au virage à droite, selon l’angle de cette première courbe. Photos 1-2

2) Courbe serrée à gauche, plus ou moins longue selon le niveau de sortie (angle constant selon le diametre du rond-point. (voir preparation de virage à gauche). Photos 5-6

3) Courbe à droite, plus ou moins serrée selon le niveau et l’angle de sortie (voir préparation de virage à droite). Photos 7-1 …et sortie de courbe mains sur l’horizontale, roues droites, permettant une reprise franche d’accélération.

On garde ainsi pendant toute la durée de la manoeuvre un très bon contrôle de la trajectoire, les deux mains restant sur l’horizontale en passages de courbes. A la sortie, on aura souvent la surprise de constater que l’on a pris une sérieuse avance sur un suivant un peu trop collant mais abordant ce passage passivement.
La seule difficulté peut être d’enchaîner rapidement ces trois positions, mais en réalité il ne faut pas longtemps pour acquérir ce “coup de volant” qui devient vite un réflexe à condition de ne jamais revenir à ses anciennes et mauvaises habitudes.

Conclusion

Conduire une Morgan c’est un plaisir que tout le monde ne peut s’offrir. Savoir la piloter, la maîtriser, c’est un must. La conception du véhicule et surtout de son habitacle restreint les marges de manoeuvres. Cette technique de conduite  peut sembler particulière, un peu à l’ancienne comparée aux demonstrations que nous offrent les pilotes de rallye au volant de voitures actuelles spécifiques. Il n’en reste pas moins qu’elle est efficace et sécurisante, amusante aussi, ce qui est loin d’être négligeable…. Et applicable à nos véhicules de tous les jours.

Finis les croisements d’avant-bras, les rattrappages dans tous les sens et les situations en impasse, dangereuses et peu valorisantes pour le “pilote”, au profit d’un bon contrôle des  trajectoires y compris en virages serrés et en conditions d’adhérence “variables”, gages de sécurité et de plaisir de conduite en restant le plus possible maître de son véhicule.

Attention tout de même à ne pas se croire invulnerable et à l’abri de toute perte de contrôle, une bonne méthode de pilotage ne peut transformer une mauvaise route en billard ni permettre de maîtriser à tous les coups les pertes d’adhérence sournoises autant qu’ imprévues.

                            C. de Flamesnil