Billet de Jacqueline Nicolson
UNE ESPECE A PROTEGER
Le bénévole (activus benevolus) est un mammifère bipède qu'on rencontre surtout dans les associations où il peut se réunir avec ses congénères. Les bénévoles se rassemblent à un signal mystérieux appelé "convocation". On les rencontre aussi en petits groupes dans divers endroits, quelquefois tard le soir, l'il hagard, le cheveu en bataille et le teint blafard, discutant ferme sur la meilleure façon d'animer une manifestation ou de faire des recettes supplémentaires pour boucler son budget.
Le téléphone est un appareil qui est beaucoup utilisé par le bénévole et lui prend beaucoup de son temps, mais cet instrument lui permet de régler les petits problèmes qui se posent au jour le jour.
L'ennemi héréditaire du bénévole est le "YAQUA-FOQUON" (nom populaire) dont les origines n'ont pu être à ce jour déterminées ; le "YAQUA-FOQUON" est aussi un mammifère bipède, mais il se caractérise surtout par un cerveau très petit qui ne lui permet de connaître que quatre mots "Y'A QU'A", "FAUT QU'ON", ce qui explique son nom.
Le YAQUA-FOQUON, bien abrité dans la cité anonyme, attend le moment ou le bénévole fera une erreur, un oubli, pour bondir et lancer son venin qui atteindra son adversaire et provoquera chez celui-ci une maladie très grave, "le découragement".
Les premiers symptômes de cette implacable maladie sont visibles rapidement : absences de plus en plus fréquentes aux réunions, intérêt croissant pour son jardin, sourire attendri devant une cane à pêche et un attrait de plus en plus vif qu'exercent un bon fauteuil et la télévision sur le sujet atteint.
Les bénévoles décimés par le découragement risquent de disparaître et il n'est pas impossible que, dans quelques années, on rencontre cette espèce uniquement dans les zoos où, comme tous ces malheureux animaux enfermés, ils n'arrivent plus à se reproduire.
Les YAQUA-FOQUONS, avec leurs petits cerveaux et leurs grandes langues viendront leur lancer des cacahuètes pour tromper l'ennui, ils se rappelleront avec nostalgie du passé pas si lointain où le bénévole abondait et où on pouvait le traquer sans crainte.
Je dédie ce texte à tous ceux qui tentent d'organiser, de faire bouger les choses, en quelques mots "de faire vivre le MCF". Et à tous les autres critiqueurs du tout venant et médisants de tout bord que ces quelques lignes vous fassent mesurer les ravages de votre bêtise et que la prochaine fois que la critique vous chatouille, pensez à ce que vous réalisez ou produisez vous-même